JOURNAL D’ÉCRITURE

Publié le 5 mars 2013

JOURNAL 2013.03.05 — Ce matin « était un autre jour »

Mardi, 5 mars 2013

La journée s’achève, et il me semble que ce matin « était un autre jour »… tellement c’est loin.

Six heures d’écriture aujourd’hui. Enfin, si on accepte de compter dans l’écriture romanesque les heures de structuration. En fait, on doit les compter ! Un roman, ce n’est pas que de l’inspiration au fil de la plume. Surtout quand on fait se croiser deux ou trois intrigues ou qu’on est dans une histoire un peu complexe, remplie d’indices qui doivent annoncer sans tout dévoiler. Donc, cinq heures de structuration, aujourd’hui et une heure de rédaction, durant laquelle je n’ai même pas terminé la scène commencée. C’est quoi cette structuration qui me prend tellement de temps ?

Ce matin, pour aborder la rédaction d’une scène, j’avais à choisir une situation cruciale du roman. Avec la technique Mercier, on écrit rarement au fil de la plume, enfilant les unes à la suite des autres les scènes du roman. On s’appuie sur les situations cruciales, qui donnent le ton et stimulent l’inspiration. Puis, on s’attarde aux scènes secondaires ou tertiaires. Devant la chronologie (4 pages de scènes primaires, secondaires et tertiaires entremêlées, chacune définie en une phrase, sur une ligne…), j’hésitais : laquelle serait « la prochaine »? J’ai donc ramené ma chronologie à l’essentiel, supprimant dans un nouveau document toutes les scènes secondaires et tertiaires. Du coup, je me trouvais devant ces situations cruciales « primordiales ». L’air de rien, au moins deux heures de travail.

Ensuite, la scène du jour étant déterminée, je me suis concentrée dessus. Quels sont les personnages impliqués ? Quel est le motif de leur confrontation ? Comment relèvent-ils leurs défis, contournent-ils les obstacles ? Par quoi commence la scène ? Comment finira-t-elle ? Est-elle essentielle au roman? Pourquoi ? Qu’y découvre-t-on ? Quelques heures de travail encore autour de la conception de cette situation cruciale.

Enfin, passage au canevas narratif de la scène. Qui parle ? Dans quel ordre? Que se passe-t-il? Comment passe-t-on de la situation initiale à la finale choisie? Ce travail fait, je me suis retrouvée avec une vingtaine de phrases correspondant à autant de paragraphes : prête pour la rédaction d’un premier jet sur cette base.

J’ai dû m’interrompre, parce que les heures de médiation allaient commencer et que j’avais déjà un visiteur en attente.

Mon visiteur est historien et a déjà rédigé un mémoire de maîtrise. Il écrit depuis longtemps mais n’est pas arrivé encore à rassembler ses textes dans quelque chose de digeste. Il se demande, lui aussi, par quel bout prendre son travail. Notre échange m’a permis de constater qu’il n’avait jamais lu d’ouvrage pratique sur la structure du récit. Ceci me rappelle que ce n’est pas parce qu’on sait lire et écrire, parce qu’on a lu quelques romans et qu’on a aimé cela, qu’on peut écrire un roman. L’écriture, comme tous les métiers, tous les artisanats, s’apprend en commençant par le b.a.ba. Il faut connaître ses outils de travail, ses matériaux, les maîtriser, avant de pouvoir en jouer librement.

Cette visite m’a :

· permis de me rappeler qu’une vie peut basculer bien vite et de manière inattendue;

· inspiré un thème pour un éventuel roman;

· fait penser que je devrais mettre sur mon site des suggestions de livres sur la pratique du récit, l’art d’écrire un roman.

Avec tout cela, il est 18h ! Je vais rentrer à la maison. Si j’en ai l’énergie ce soir, après avoir basculé et imprimé mes textes pour ma rencontre de demain avec Martin Mercier, j’interviendrai sur Facebook et sur mon site web. Une belle surprise, ce matin, ce site. Il était gelé depuis des mois. J’ai enfin réussi à en monter un nouveau la fin de semaine dernière, et il était en ligne ce matin.

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