Une amie attirait récemment mon attention sur la proposition que Me Éric Sauray publiait sur sa page Facebook le 28 septembre dernier. En gros, l’avocat réclame qu’on organise un procès pour permettre à Thélyson Orélien de prendre la parole, de défendre sa cause. On trouvera ici l’intégralité de sa publication.
Après quelques jours de réflexion, voici la réaction que j’ai adressée à mon amie.

La position de Me Éric Sauray m’a mise mal à l’aise. Sa proposition est une réponse d’avocat qui croit en la puissance des procès pour départager les innocents des coupables. Or, la situation de Thélyson Orélien ne s’améliorerait pas, à mon sens, même si un procès en bonne et due forme l’innocentait — ou clarifiait tout au moins la part de l’outil IA dans son travail de créateur.
La proposition de Me Sauray repose surtout sur son désir de voir l’auteur rompre le silence. Un silence qu’il accuse à demi-mots ses éditeurs d’imposer à l’écrivain, rejetant d’emblée, semble-t-il, l’idée que le besoin de se taire vienne de l’auteur lui-même. Ma lecture de la situation est tout autre. Pour le moment, tout le monde (l’auteur, ses éditeurs, les acteurs du monde du livre, les lectrices et lecteurs) a besoin de donner à la poussière le temps de retomber.
Me Sauray propose de remplacer le procès intenté sur la place publique par un procès « en bonne et due forme » sur la place académique. Je suis contre. On ne devrait jamais faire un procès à chaud. En ce moment, quelle que soit l’explication offerte par Thélyson Orélien, elle ne servirait, je le crains, qu’à relancer les polémistes.
Le livre de Thélyson Orélien n’est pas sans défauts. Il n’est pas sans qualités non plus. L’auteur a ressenti le besoin de porter sur la place publique le vécu des migrants haïtiens et il est passé à l’action. Des éditeurs ‒ dans plus de vingt pays, faut-il le rappeler ? ‒ ont spontanément reconnu le bien-fondé de sa démarche et l’ont soutenu. Les jurys de tous les grands prix de la rentrée littéraire française 2026 ont trouvé suffisamment de qualités à ce roman pour l’inscrire sur leur première liste. Ce n’est pas rien.
À mes yeux, C’était ça ou mourir comporte plusieurs défauts. N’est-ce pas le cas de plusieurs romans ? Ce livre a surtout une grande qualité : son sujet était nécessaire. Il était urgent de mettre l’intolérable situation des migrants haïtiens (et de ceux de tous horizons) au coeur de la conversation. Avec ce roman, Thélyson Orélien a touché beaucoup de monde — et continue à le faire, en dépit des accusations dont il fait l’objet. Son roman fait oeuvre utile.
Laissons à présent les lectrices et lecteurs ouvrir ce livre, mettre leurs pas dans ceux des migrants, s’imprégner de leur réalité, trembler face à l’insécurité, l’humiliation, la mort. Laissons-les décider des mérites de ce roman. Souhaitons que ce roman permettra à ses innombrables lectrices et lecteurs de développer un minimum d’empathie pour celles et ceux que l’urgence de vivre et la nécessité d’espérer condamnent à s’engager dans des chemins aussi périlleux.