Pas de livres dans les bibliothèques scolaires: « Ça ne tue pas! » dit le ministre de l’Éducation22 août 2014

On pourra lire ci-dessous copie de la lettre que j’adresse le 22 août 2014 à M. Philippe Couillard, premier ministre du Québec. Je lui fais part de mon indignation face aux propos tenus par M. Yves Bolduc, ministre de l’Éducation, à propos des « économies » que les commissions scolaires pourraient faire en éliminant les achats de livres destinés aux bibliothèques scolaires. « Ça ne tuera pas les enfants. » (SIC!) En toute logique, je réclame la tête du ministre Bolduc.

 

Montréal, le 22 août 2014

Honorable Philippe Couillard, Premier Ministre

Bureau du Premier Ministre du Québec

Édifice Honoré-Mercier, 3e étage

835, boul. René-Lévesque Est

Québec (Québec)  G1A 1B4

 

Livres et bibliothèques scolaires

 

Monsieur le Premier Ministre,

 

Comme le vôtre sans doute, mon sang n’a fait qu’un tour, lorsque j’ai lu dans les éditions d’hier et de ce matin du quotidien Le Devoir, les propos tenus par M. Bolduc, ministre de l’Éducation dans votre gouvernement, à propos des livres dans les bibliothèques scolaires. Étrangement, j’ai pensé à vous, l’humaniste, l’homme cultivé. J’ai imaginé votre incrédulité et le soupir de lassitude que vous avez dû pousser quand on vous a rapporté ces propos.

 

Je voudrais pouvoir écrire autre chose aujourd’hui que : « Si je m’adresse à vous, c’est parce que je crains que notre ministre de l’Éducation ne sache pas lire ou qu’il manque de jugement. » J’ai beau me tourner la langue sept fois dans la bouche, me rappeler de ne laisser ni la colère ni le dépit me conseiller; me redire que le manque de respect ne fait pas partie de mes valeurs : il demeure que les propos du Ministre me sidèrent. Ils méprisent mon travail d’auteure; ma vie professionnelle à cheval entre l’édition, l’enseignement et la promotion de la lecture; ce que j’ai tenté d’inculquer à mes enfants et de transmettre à mes petits-enfants à propos de l’importance de la lecture; mon implication citoyenne dans des associations liées au livre et à la lecture… Ils grugent encore la confiance que je peine à conserver à nos élus.

 

Nos enfants sont notre avenir. L’héritage que nous leur laissons est déjà largement fragilisé. Ils auront besoin de toute leur intelligence, d’une variété impressionnante de compétences et de connaissances pour relever les défis que nous leur laissons. Ils devront « sortir du carré » pour survivre. Or, il y a deux moyens de préparer la jeunesse à dépasser les évidences et à imaginer des solutions novatrices : le premier est de lui permettre de voyager énormément pour confronter les cultures et multiplier les points de vue; le second est de lui donner une solide formation, notamment, en développant chez nos jeunes le goût de la lecture pour des ouvrages variés, stimulants, à la pointe de l’information : des ouvrages qui lui permettront à la fois un voyage dans l’espace et dans le temps, à travers l’Histoire de l’humanité et les civilisations. La lecture est assurément le moyen le moins coûteux des deux. Je sais : je prêche à un converti.

 

Malheureusement, ce ne semble pas être le cas de M. Bolduc. Or, celui-ci détient un rôle clé pour l’avenir de notre nation en tant que ministre de l’Éducation. Une nation à propos de laquelle vous avez déclaré, le jour de votre élection : « J’obtiens ce soir la responsabilité unique de défendre le seul peuple francophone en Amérique du Nord. » (L’Actualité, mai 2014) M. Bolduc ne m’apparaît pas être la personne qu’il faut pour relever les défis dont vous avez accepté de prendre la responsabilité. La légèreté de ses propos suscite mon indignation. Je trouve ses affirmations irresponsables. Puisque c’est vous qui l’avez nommé à ce poste, je m’attends à ce que vous reconsidériez cette décision.

 

Les arguments réclamant de votre gouvernement un geste énergique en faveur du livre et de la lecture sont nombreux. La lettre que vient de vous adresser à ce sujet l’Association des écrivains québécois pour la jeunesse, dont je suis membre, en reprend plusieurs. Ils sont aussi économiques, mais pas seulement. Je les endosse totalement.

 

Enfin, tant qu’à vous faire part de mon désappointement, puis-je m’étonner, Monsieur le Premier Ministre, de l’inaction de Mme David, dans le bras-de-fer inégal qui oppose les librairies Renaud-Bray au diffuseur Dimedia? Il me semble que l’on pourrait à tout le moins s’interroger, au Ministère de la Culture, sur la pertinence de maintenir le statut de librairie agréée aux « librairies » de cette chaîne.

 

Parce que ces questions sont pour moi les « vraies affaires », je vous serais reconnaissante, Monsieur le Premier Ministre, de poser dès maintenant des gestes concrets laissant clairement voir votre position d’homme cultivé, préoccupé du sort du livre, de la lecture, de la vie culturelle qui font aussi partie de l’avenir de notre nation.

 

Je vous prie de recevoir, Monsieur le premier Ministre, mes respectueuses salutations.

Danielle Marcotte, écrivaine

Membre de l’Union des écrivaines et écrivains québécois

Membre de l’Association des écrivains québécois pour la jeunesse

Membre de l’Association des auteurs de la Montérégie

Membre du conseil d’administration (secrétaire) du Conseil montérégien de la culture et des communications

 

c.c.       M. Yves Bolduc, ministre de l’Éducation, des Loisirs et des Sports

Mme Hélène David, ministre de la Culture et des Communications

Montréal, le 22 août 2014

Honorable Philippe Couillard, Premier Ministre

Bureau du Premier Ministre du Québec

Édifice Honoré-Mercier, 3e étage

835, boul. René-Lévesque Est

Québec (Québec)  G1A 1B4

 

Livres et bibliothèques scolaires

 

Monsieur le Premier Ministre,

 

Comme le vôtre sans doute, mon sang n’a fait qu’un tour, lorsque j’ai lu dans les éditions d’hier et de ce matin du quotidien Le Devoir, les propos tenus par M. Bolduc, ministre de l’Éducation dans votre gouvernement, à propos des livres dans les bibliothèques scolaires. Étrangement, j’ai pensé à vous, l’humaniste, l’homme cultivé. J’ai imaginé votre incrédulité et le soupir de lassitude que vous avez dû pousser quand on vous a rapporté ces propos.

 

Je voudrais pouvoir écrire autre chose aujourd’hui que : « Si je m’adresse à vous, c’est parce que je crains que notre ministre de l’Éducation ne sache pas lire ou qu’il manque de jugement. » J’ai beau me tourner la langue sept fois dans la bouche, me rappeler de ne laisser ni la colère ni le dépit me conseiller; me redire que le manque de respect ne fait pas partie de mes valeurs : il demeure que les propos du Ministre me sidèrent. Ils méprisent mon travail d’auteure; ma vie professionnelle à cheval entre l’édition, l’enseignement et la promotion de la lecture; ce que j’ai tenté d’inculquer à mes enfants et de transmettre à mes petits-enfants à propos de l’importance de la lecture; mon implication citoyenne dans des associations liées au livre et à la lecture… Ils grugent encore la confiance que je peine à conserver à nos élus.

 

Nos enfants sont notre avenir. L’héritage que nous leur laissons est déjà largement fragilisé. Ils auront besoin de toute leur intelligence, d’une variété impressionnante de compétences et de connaissances pour relever les défis que nous leur laissons. Ils devront « sortir du carré » pour survivre. Or, il y a deux moyens de préparer la jeunesse à dépasser les évidences et à imaginer des solutions novatrices : le premier est de lui permettre de voyager énormément pour confronter les cultures et multiplier les points de vue; le second est de lui donner une solide formation, notamment, en développant chez nos jeunes le goût de la lecture pour des ouvrages variés, stimulants, à la pointe de l’information : des ouvrages qui lui permettront à la fois un voyage dans l’espace et dans le temps, à travers l’Histoire de l’humanité et les civilisations. La lecture est assurément le moyen le moins coûteux des deux. Je sais : je prêche à un converti.

 

Malheureusement, ce ne semble pas être le cas de M. Bolduc. Or, celui-ci détient un rôle clé pour l’avenir de notre nation en tant que ministre de l’Éducation. Une nation à propos de laquelle vous avez déclaré, le jour de votre élection : « J’obtiens ce soir la responsabilité unique de défendre le seul peuple francophone en Amérique du Nord. »  (L’Actualité, mai 2014) M. Bolduc ne m’apparaît pas être la personne qu’il faut pour relever les défis dont vous avez accepté de prendre la responsabilité. La légèreté de ses propos suscite mon indignation. Je trouve ses affirmations irresponsables. Puisque c’est vous qui l’avez nommé à ce poste, je m’attends à ce que vous reconsidériez cette décision.

 

Les arguments réclamant de votre gouvernement un geste énergique en faveur du livre et de la lecture sont nombreux. La lettre que vient de vous adresser à ce sujet l’Association des écrivains québécois pour la jeunesse, dont je suis membre, en reprend plusieurs. Ils sont aussi économiques, mais pas seulement. Je les endosse totalement.

 

Enfin, tant qu’à vous faire part de mon désappointement, puis-je m’étonner, Monsieur le Premier Ministre, de l’inaction de Mme David, dans le bras-de-fer inégal qui oppose les librairies Renaud-Bray au diffuseur Dimedia? Il me semble que l’on pourrait à tout le moins s’interroger, au Ministère de la Culture, sur la pertinence de maintenir le statut de librairie agréée aux « librairies » de cette chaîne.

 

Parce que ces questions sont pour moi les « vraies affaires », je vous serais reconnaissante, Monsieur le Premier Ministre, de poser dès maintenant des gestes concrets laissant clairement voir votre position d’homme cultivé, préoccupé du sort du livre, de la lecture, de la vie culturelle qui font aussi partie de l’avenir de notre nation.

 

Je vous prie de recevoir, Monsieur le premier Ministre, mes respectueuses salutations.

 

Danielle Marcotte, écrivaine

Membre de l’Union des écrivaines et écrivains québécois

Membre de l’Association des écrivains québécois pour la jeunesse

Membre de l’Association des auteurs de la Montérégie

Membre du conseil d’administration (secrétaire) du Conseil montérégien de la culture et des communications

 

c.c.       M. Yves Bolduc, ministre de l’Éducation, des Loisirs et des Sports

Mme Hélène David, ministre de la Culture et des Communications