Pour une éducation des sentiments29 octobre 2013

Catégorie(s) : Carnet d'humeurs

Commentaire publié dans Le Devoir du 29 octobre 2013, en réaction à la parution d’une suggestion de lecture de la rédaction: « Cette semaine, un extrait du dernier numéro d’Argument (vol. 16 no 1, voir revueargument.ca), qui présente un dossier intitulé « L’Éducation des sentiments », autrement dit comment la littérature ainsi que la philosophie et l’art lyrique peuvent servir à éduquer les sentiments. »

 

Lorsque j’étais jeune, bombardée d’émotions contradictoires dont j’ignorais comment elles me venaient et pourquoi (je suis toujours bombardée d’émotions à 63 ans, mais j’ai appris à les reconnaître et à les gérer), j’ai eu le bonheur de trouver à mes côtés la musique et la littérature. Dans la première, je reconnaissais des échos de mes émotions, qui m’aidaient à les canaliser ou à les reproduire presque à volonté. Grâce à la seconde, j’ai appris à les nommer, à les nuancer, à comprendre que cela n’arrivait pas qu’à moi, donc à les rechercher chez les autres, à les apprécier ou à m’en méfier.

 

Il est vrai qu’on livre facilement aujourd’hui sur le réseau ses émotions à l’état brut. Ce n’est pas que le fait des jeunes, d’ailleurs… La précipitation à se dire dans l’instantanéité fait peut-être entendre une voix, mais ne garantit pas l’introspection, élément générateur (parmi d’autres) de confiance en soi et de sérénité. On se trouve donc souvent face à un sentiment de vide qu’on ne comprend pas. Comment peut-on se sentir seul quand on est si bien entouré ?