SUGGESTIONS DE LECTURE – Romans de ma bibliothèque personnelle (A à L)24 mars 2013

Suggestions de lectures

Dans ma bibliothèque, les romans dont je ne me séparerais pas, qui ont marqué mon parcours de lectrice et d’écrivaine. (A à L)

AMYOT, Geneviève. L’absent aigu, Quinze, 1976. Un des premiers textes que j’ai eu à défendre comme attachée de presse aux éditions Quinze. Le roman est écrit d’un souffle, constitué de phrases longues de plusieurs pages parfois, ponctuées de virgules comme des vagues, donnant l’impression d’être, dans une coquille de noix, le jeu de flots qui ont sur nous droit de vie ou de mort. Exigeant.

BARBERY, Muriel. L’élégance du hérisson, Gallimard, 2006. Pour le don avec lequel l’auteure rend la substance d’un personnage en quelques traits. Et pour des éclairs de lucidité comme celui-ci : « C’est peut-être ça, être vivant : traquer des instants qui meurent. » (p. 298)

BARICCO, Alessandro. Soie, Albin-Michel 1997/ Gallimard (Folio), 2001. Un immense coup de foudre pour cet auteur capable de créer autant de richesse en aussi une rare économie de mots.

BENACQUISTA, Tonino. Quelqu’un d’autre, Gallimard, 2002. J’aurais tout aussi bien pu citer Trois carrés rouges sur fond noir, La Maldonne des sleepings, La commedia des ratés, Saga, Malavita, Homo erectus… Quel que soit le roman ou la nouvelle qu’il signe, avec Benacquista on est certain de sortir de la routine.

BESSETTE, Gérard. Le libraire, CLE poche canadien, 1968. Mon exemplaire tombe en pièces. Il est abondamment annoté. Bien sûr je l’ai lu au cégep, puis à l’université. Je l’ai même enseigné à des classes d’adultes dans un cours sur le roman. C’est dire que je l’ai relu plusieurs fois. Toujours avec un petit sourire en coin. Ce ton !

BOBIN, Christian. La part manquante, Gallimard 1989 (Folio 1994). Pour la poésie de sa voix narrative. Et pour cette phrase tellement sentie : « Ce n’est pas pour devenir écrivain qu’on écrit. C’est pour rejoindre en silence cet amour qui manque à tout amour. »

CAMUS, Albert. La chute, Gallimard 1956 (Folio 1975). Mais aussi L’étranger et La Peste, bien sûr. L’essence de la condition humaine, son absurdité, la quête désespérée du sens, le don de la révolte. Et ce message, que je me répète souvent, la tenant dressée comme une lanterne dans la nuit : « Il faut imaginer Sisyphe heureux. » S’il l’est, comment ne pas l’être aussi ?

COETZEE, John Maxwell. Michael K, sa vie, son temps, Seuil, 1985. Un grand moment d’émotion. Qualité littéraire exceptionnelle.

COUSTURE, Arlette. Les filles de Caleb, (Québec Amérique, T. 1: 1985 ; T. 2 : 1986). Comme pour Yves Beauchemin (Les émois d’un marchand de café, Québec Amérique, 1999) et Marie Laberge (la trilogie Le goût du bonheur, Boréal, 2000 et 2001), le style de ces écrivains me fait tiquer parfois. Mais qu’est-ce que ce sont de bons conteurs !

COURTEMANCHE, Gil. Un dimanche à la piscine à Kigali. Boréal 2002 (Compact 2002). Le romancier a réussi à sublimer les émotions du journaliste et à nous faire vivre son indignation et sa révolte.

DUBOIS, Jean-Paul. Le cas Sneijder. Olivier 2011. Les romans de Dubois ne sont pas transcendants, mais doux à lire. Pourtant, chaque fois qu’il en paraît un nouveau, je me précipite. Sentiment de me faire le cadeau d’une journée de congé près du foyer avec un thé bien chaud, alors qu’il y a tempête de neige dehors, à mi-chemin d’un hiver rigoureux. Il me fait du bien, cet auteur.

DUMAS, Alexandre. Les trois mousquetaires (1844), Le comte de Monte-Cristo (1845-1846). Ah ! On savait écrire en ce temps-là ! Un bonheur de lecture chaque fois renouvelé.

DURAS, Marguerite. L’amant, Minuit, 1984 (bien sûr !), mais surtout Moderato cantabile, Minuit 1958/ 10-18 1962. Pour cet étrange détachement par rapport aux personnages. L’économie de mots, encore une fois. Pas d’effets de manche. « Un homme rôde, boulevard de la Mer. Une femme le sait. » Soit on les connaît, on sait don ce qui se passe, tout est dit. Soit on ne les connaît pas encore, et le désir de les découvrir nous assaille. Efficace, non ?

FRENCH, Marilyn. Toilettes pour femmes, Robert Laffont, 1977. Un des grands ouvrages féministes des années 70. En tant qu’attachée de presse, j’ai eu le plaisir de faire tourner au Québec les écrivaines féministes Érica Jong (Le complexe d’Icare, et le formidable roman La véridique histoire des aventures de Fanny Troussecottes-Jones que l’on m’a emprunté et jamais rendu…) et Marilyn French (Les bons sentiments). Des femmes généreuses et brillantes. Des journées longues et bien remplies pour la jeune maman que j’étais.

GARY, Romain. « Un humaniste » (nouvelle tirée du recueil Les oiseaux vont mourir au Pérou, Gallimard 1962, Folio 1975). Je tiens cette nouvelle pour un chef-d’œuvre du genre. Tellement profonde et dérangeante… Sous le pseudonyme d’Émile AJAR, La vie devant soi (1975). Un incontournable.

GRAVEL, François. Benito, Boréal, 1987. Un moment de grâce.

GRIMM. Les trois cheveux d’or du diable. J’ai découvert ce conte à huit ans. Je l’ai lu trois fois de suite, envoûtée. En refermant l’album après ma troisième lecture, je me suis dit : « C’est décidé. Plus tard, je serai écrivain. » (On ne disait pas encore « écrivaine » à cette époque.) L’idée ne m’a jamais quittée depuis.

HANFF, Helene. 84, Charing Cross Road, Autrement, 2001. J’ai fondu pour cette correspondance authentique qui se lit comme un roman. À découvrir absolument.

HÉBERT, Anne. Kamouraska, Seuil, 1970. Une déchirante histoire d’amour, dans un paysage accablant (le nôtre). Encore aujourd’hui, je ne peux passer à Kamouraska ou Saint-Roch-des-Aulnaies sans en ressentir une inquiétante oppression. Une écriture magistrale. Son chef-d’œuvre.

IRVING, John. L’œuvre de Dieu, la part du diable, Seuil, 1986 (Points 1995). Une histoire troublante. Un roman d’une grande profondeur et une réflexion hors du commun sur la question de l’avortement. Avec Une prière pour Owen (Seuil, 1989), le meilleur roman d’Irving.

KENNEDY, Douglas. Cet instant-là, Belfond, 2011. Comme dans l’annonce : « J’ai tellement aimé la compagnie que je l’ai achetée », j’ai tellement aimé ce roman que j’ai acheté (et lu !) tous les autres romans et récits de Kennedy. Cet instant-là compte parmi ses meilleurs avec Piège nuptial (1994 v.o.a. / 2008 v.f.) à la limite de l’insoutenable ; La poursuite du bonheur (2001) ; Les charmes discrets de la vie conjugale (2005) et Quitter le monde (2009). Cet instant-là nous plonge en pleine guerre froide à Berlin. Thomas est bouleversé par l’histoire que lui raconte Petra. Cette rencontre marquera leur vie. Magnifique. Notre sort tient à si peu de choses. Un détail fait basculer une vie.

KRISTOF, Agota. Le grand cahier (1986), La preuve (1988), Le troisième mensonge (1991), une trilogie parue au Seuil (et au format de poche Points).Tellement dur. Un choc.

KINGSOLVER, Barbara. L’arbre aux haricots, Payot et Rivages, 1995. Je n’attendais rien de ce livre. Il m’a donné beaucoup. Je l’effleure sans me rappeler exactement le propos de l’histoire, sinon qu’il s’agissait de l’histoire d’une femme dans laquelle j’ai reconnu mes exigence envers la vie, et ma capacité d’abandon et de confiance. Un roman qui m’a touchée et qui m’accompagne aujourd’hui en douceur, sans que je sache trop ce que je lui dois.

LARSSON, Steig. Millénium.

LAFERRIÈRE, Dany. L’odeur du café, VLB, 1991. Je n’ai pas beaucoup aimé Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer (1985). Le livre me semblait écrit paresseusement, au fil de la plume, livré tel quel, avec l’arrière-pensée de provoquer. Il ne m’a pas choquée, il s’inscrivait bien dans son époque, alors que tout était permis. C’est avec L’odeur du café que j’ai commencé à prendre Laferrière au sérieux. Oui, il y avait bel et bien là un écrivain. J’ai suivi ses parutions. Puis, je me suis un peu fatiguée… comme lui. J’ai lu Je suis fatigué le sourire aux lèvres, sans croire un instant qu’il mettrait à exécution sa menace de ne plus écrire. Je suis une lectrice régulière, sans être fidèle. Son prix Médicis, L’Énigme du retour, attend toujours sur ma pile des livres à lire. Un ouvrage dont tout le monde parle pourtant comme d’un chef-d’œuvre. Je le lirai, c’est sûr, quand les grenades seront mûres ou le hamac tendu à l’ombre d’un arbre en fleurs.

LESSING, Doris. Le carnet d’or, Albin Michel 1976. Comme la plupart des francophones, j’ai découvert Lessing en 1976, quand ce roman (publié en 1962 en anglais) a reçu le prix Médicis étranger. J’ai enchaîné avec la trilogie Les enfants de la violence (1978 à 1981). J’ai eu très fort le désir de ressembler à cette femme intelligente et audacieuse. Elle m’inspire d’ailleurs toujours. J’ai adoré Les carnets de Jane Sommers (1983 et 1984), présentés sous pseudonyme en signe de protestation contre le sort réservé aux jeunes auteurs. (Ce geste, déjà !) Les manuscrits ont d’ailleurs été refusés par son éditeur habituel qui n’a même pas reconnu son style. Aimé aussi La terroriste et Le cinquième enfant. Lessing soulève des questions poignantes sur la vie des femmes et l’évolution de la violence dans nos sociétés.