JOURNAL 2013.03.31 — À la mi-temps de la résidence31 mars 2013

2013.03.31 — À la mi-temps de la résidence

C’est Pâques. Il est 11h20. Alors que la majorité des gens est en train de préparer ou de partager le brunch familial, je suis retirée dans une maison de campagne à Eastman avec mon compagnon. Nous avons dormi tard, déjeuné raisonnablement et, tandis que Jean regarde une émission de télé « de gars », j’ai installé mon MacBook Air sur la table à dîner dans le solarium. Ça fond dehors. La neige glissant du toit a décroché un arrêt de neige ce matin. Tout autour, les deux acres de terrain sont encore immaculées et éblouissantes. Le paysage lisse est magnifique. Mais braquer le regard sur l’écran est presque plus reposant pour les yeux.

Après le congé pascal, mardi matin, j’entreprendrai la deuxième moitié de cette résidence. Quatre semaines qui seront bien chargées. S’ajouteront à mes périodes d’écriture et de disponibilité au public trois demi-journées de rencontres de classes, une ou deux rencontres avec les clubs de lecture et un atelier d’écriture (deux rencontres de 3 heures).

Dois-je préciser que la mi-temps de la résidence ne signifie pas que j’en sois pour autant à mi-parcours de la rédaction du roman ? Que non ! Le travail de la semaine dernière m’a un peu découragée. L’impression de toujours avoir à recommencer. Une nouvelle piste, intéressante, oblige à revenir en arrière, à modifier certains événements, à récrire des passages… De sorte qu’au bout de la quatrième semaine, j’ai l’impression de n’avoir pas beaucoup avancé. Ce qui est faux, bien sûr ! Par ces allers retours, l’histoire gagne en profondeur, le personnage en épaisseur, le récit en vraisemblance. Je ne comprends pas comment font ceux qui, comme s’en vante en tout cas Douglas Kennedy, écrivent le roman quasiment d’un souffle, au rythme de cinq pages par jour, avançant pas à pas. J’aimerais bien connaître la formule magique ! Moi, je fais deux pas, je recule de trois, j’avance de quatre. Au total, ça avance, mais si lentement !

Pour éviter d’avoir à remplacer des premiers jets, parce que la situation créée n’a plus sa place dans le déroulement de l’intrigue, je suis en train de me demander s’il ne vaudrait pas mieux élaborer d’abord toutes les situations cruciales et travailler tous les canevas. L’ennui, c’est que c’est à l’étape suivante, celle de la rédaction, que les idées prennent vie, que les personnages s’incarnent, que les nécessités narratives imposent leurs exigences… Non, je n’ai pas encore trouvé LA formule qui me permettrait d’économiser du temps.

Peut-être est-ce cela, finalement, la création. Accepter la démarche laborieuse, le pas à pas, le mot à mot. Un tricot se fait bien une maille à la fois…